Promenade sur le marché

Le Président ne ménagea pas sa peine. Il évita les manifestants. On le vit d’abord avec ses ministres auprès d’un producteur réputé pour son vin de groseille. Ils se prêtèrent gentiment à une dégustation. À côté, la charcutière consolée pétulait devant sa collection de saucissons fumés au bois de hêtre. C’était la spécialiste. Elle les avait tous goûtés. Elle garantissait leur saveur exceptionnelle. Ils s’approchèrent. Sans détour, Marie-Claire exhiba ses belles rondelles. Ils s’en saisirent sans scrupules et y croquèrent à pleines dents. Monsieur Fricottin aurait bien passé encore un peu de temps avec elle, mais cela aurait fait jaser la crémière qui lui tendait déjà ses fromages.

Ils se regroupèrent devant l’étal du meilleur traiteur de la République. Son veau de lait farci au lard était toujours aussi bon. Il sollicita une subvention pour mettre sa cuisine aux normes. Ils lui promirent d’étudier le dossier.

Ils terminèrent avec un pâtissier qui leur offrit des gâtounettes et ils entrèrent dans un bar pour les déguster, assis au chaud devant un café fumant.

En sortant, ils poussèrent plus loin et se posèrent devant les bouteilles de Pétronille, une fille de Mauricette, celle qui avait repris l’affaire de sa mère. Elle distillait les meilleures prunes du coin. On l’entendait de loin faire son battage pour couvrir les camelots. Ah pour ça, elle avait du coffre et des prunes la Pétronille ! Pas des vieilles qu’on met dans le tonneau, ni des racrapotées qui nagent dans l’armagnac ! Non, c’était de la jeune qui clignait, de la belle ! Deux en amande au fond des yeux, brillantes, malicieuses, et qui faisaient tourner la tête. Tu les regardais, t’étais foutu !

Cette pause éthylique les retint longtemps. Ils terminèrent par quelques promesses confuses ici où là, et s’en retournèrent fatigués. Ils devaient tenir leur réunion du lundi après-midi.

À minuit, ils n’étaient toujours pas sortis de la salle du Conseil. Ceux qui manifestaient debout sur la place, dirent qu’ils y dormirent jusqu’à l’aube. 

Extrait du roman « Avec un peu de chance, tout ira bien », sortie prévue fin avril 2020

©Denys de Jovilliers

Illustrations : Pixabay.com

Bonne nouvelle !

La République du Madelon était réputée pour son art de vivre et son climat revigorant. Avec son gouvernement, le Président qui parlait si bien œuvrait pour que les riches touristes étrangers appréciassent l’accueil des autochtones et achetassent leurs fameuses gâtounettes. D’ailleurs, le bilan de son mandat forçait l’admiration. Et, si la Ligue du Grand Ménage le voulait toujours, ça allait durer !

Les monuments historiques étaient ravalés et les équipements sportifs rénovés avaient belle allure. La vie culturelle cultivait des orientations bien claires, les commerces et le marché hebdomadaire entretenaient une joyeuse animation. La forêt giboyeuse et les eaux poissonneuses attireraient longtemps encore les amoureux de la nature et, s’ils tournaient dans le bon sens, les ronds-points faciliteraient leur acheminement vers les lieux de pique-nique et les sublimes paysages de la vallée.

Grâce à lui, Président, ils auraient, eux qui l’écoutaient, toujours du travail. Ils ne manqueraient jamais de rien et tous s’amuseraient le soir après l’effort. Dès que l’économie irait mieux, ce qui finirait sans doute par arriver un jour, il baisserait leurs impôts. Une seule question subsistait. Allaient-ils faire le nécessaire pour surmonter l’épreuve et retrouver cette sérénité qui les caractérisait si bien d’ordinaire ? Eh bien, il le leur disait à présent : ils pouvaient faire des efforts ! Oui, ils le pouvaient ! 

De longs applaudissements retentirent. Tout le monde était rassuré et pour être à la mode on scanda courageusement des « yes we can » approbateurs. Le bavard voulut faire durer son plaisir. Il le méritait bien ! Ravi, il ajouta que la gravité de la situation facilitait les choses. Grâce à lui, Président, l’opposition et la majorité avaient décidé de s’unir jusqu’à ce que tout fût rentré dans l’ordre souhaité par la Ligue ! En attendant, il leur promit une récompense. Quand les flocons tomberaient enfin sur la place, il jouerait dans la neige avec eux. Son passe-montagne, ses moufles et sa luge étaient déjà dans son bureau. Bonne nouvelle non ? 

Extrait du roman « Avec un peu de chance, tout ira bien » sortie prévue fin avril 2020

©Denys de Jovilliers

Illustration : pixabay.com

Beau discours

Extrait du roman

Avec un peu de chance, tout ira bien

Sortie prévue : Avril 2020

La gravité des événements imposait au Président de s’exprimer. Lorsqu’il fut certain que le contenu de son allocution ne compromettrait pas ses bonnes relations avec la Ligue, il se rendit aux studios de la chaîne de télévision. On le maquilla pour souligner sa bonne santé et son regard clair. Ses talents d’orateur firent le reste. Il alla à l’essentiel.

La découverte de la veille bouleversait les plans, mais que ses chères électrices et ses chers électeurs se rassurassent ! Avec un peu de chance, tout irait bien ! Ils allaient s’habituer aux crocodiles. Ils adopteraient vite les bons comportements. Un petit guide serait publié avant l’été. Le temps de trouver des interprètes, il serait traduit dans plusieurs langues. En attendant, simple bon sens, qu’ils évitassent de s’aventurer près des rives !

Par ailleurs, le Gouvernement et lui-même venaient de prendre des mesures de précaution qui allaient tout régler.

On avait ordonné l’arrestation de Gilda. Elle était la cause de tous ces troubles. Elle pouvait recommencer ? Elle serait traduite en justice dans les meilleurs délais ! En attendant, elle avait été écrouée dans un refuge sécurisé et lui, Président, informait ses chers compatriotes qu’elle risquait la perpétuité. Et ce n’était pas tout, son maître avait fait l’objet d’une réprimande. Maintenant, il était fiché et assigné à résidence !

Après un court silence qui le fendit d’un large sourire, le joli chef d’État envoya un ultime argument qui fit rebondir les indices de confiance : que tous prissent du bon temps et se détendissent en faisant du sport ! À cet effet, il autoriserait les batailles de boules de neige devant le Palais du Gouvernement. En attendant la neige, il fallait dormir.

Extrait du roman « Avec un peu de chance, tout ira bien » sortie prévue fin avril 2020

©Denys de Jovilliers

Illustration : Pixabay.com

Ouverture de la pêche à la truite

Extrait du roman « Avec un peu de chance, tout ira bien »

Ce jour d’ouverture aurait dû être un jour de fête pour Petsuchos. Il venait de remporter une victoire éclatante sur un État voisin qu’il avait annexé dans la foulée. Il avait invité son état major et les siens à une partie de campagne. Le débriefing avait eu lieu dans la piscine de Bergstein et les sauriens s’étaient laissés couler au lever du jour dans le dédale des canaux creusés dans le parc de la clinique, jusque dans les eaux fraîches du Madelon. Et là, ils se tapirent avec gourmandise contre les berges, la serviette autour du cou, dissimulés parmi les racines et les branches basses de la ripisylve en attendant le tendre pêcheur. Ils l’attendirent longtemps.

À huit heures, ils n’avaient pas entendu l’exclamation flatteuse qui accompagne le saut des frétillantes sur la berge. À neuf heures, ils ne sentirent pas les effluves des cafés, charcuteries, fromages et muscadets  invités à la pause rituelle. À midi, les bouchons ne sonnèrent pas le déjeuner. À quatorze heures, aucun ronflement ne put les conduire vers le pêcheur repu allongé sur la berge. Il leur fallut se rendre à l’évidence de la diète, les pêcheurs ne viendraient pas.

Ce fut un terrible affront pour la bande de frustrés qui s’étaient régalés par avance. Et, foi de Petsuchos, à terrible affront, terrible vengeance.

Extrait du roman « Avec un peu de chance, tout ira bien », sortie prévue : printemps 2020

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Illustration : Pixabay.com

La chasse aux oeufs

Sapré nonon Jojo ! Jamais on n’aurait pensé qu’un jour il nous ferait un coup pareil ! Non, jamais ! Pourtant, maintenant, à bien y regarder, on aurait peut-être pu se douter de quelque chose. Oui, on aurait pu s’en douter, mais peut-être aussi qu’on ne voulait pas voir …

Un peu en avance sur Pâques, « La chasse aux oeufs » vient d’être qualifiée par le comité de lecture de Short Édition pour concourir au « Grand prix printemps 2020 ». Vous pouvez lire cette nouvelle et si elle vous plaît, voter pour sa sélection en finale. Pour voter, il vous faudra ouvrir un compte sur cette plateforme. Rassurez-vous, cela n’engage à rien et aucune exploitation n’est faite de vos données. Vous pourrez aussi laisser un commentaire …

Lire « La chasse aux oeufs »

« Avec un peu de chance, tout ira bien »

C’est le titre de mon roman paru en avril 2020 …

On est bien chez soi dans la petite République du Madelon. On y vit sans crainte du ridicule, avec ses petites lâchetés de tous les jours. Mais la «Ligue du Grand Ménage » s’est infiltrée partout. Elle prépare l’avènement d’une société nouvelle. On s’en accommode. Malheureusement, elle est bientôt dépassée par ce qu’elle a mis en œuvre. Quand la machine s’emballe, il est trop tard. Tout bascule dans un chaos grotesque où les habitants sont confrontés à l’ambition et à la barbarie des crocodiles introduits dans la République pour y faire un peu de nettoyage.

Dans cette fable décalée et caricaturale, s’agitent des pantins en survie, capables du meilleur comme du pire.

Se procurer le roman

Illustration : Pixabay.com

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