Les Friches de Matteo

Samedi 7 septembre, 14h55

Debout sur un tabouret ramassé dans un coin du grenier, Riccardo se tenait prêt. La lucarne donnait sur l’alignement des façades décorées de bleu et de blanc  pour ces deux jours de fête. Les riverains avaient installé leurs chaises sur les balcons, le long des grilles recouvertes de rubans et de fleurs en papier. Quelques vieux les occupaient malgré le soleil de l’après-midi. Ils contemplaient à travers la fumée âcre de leur cigarette l’agitation fébrile qui régnait à leurs pieds. 

Sur la place, les carabiniers refoulaient à coups de sifflet les automobilistes égarés au cœur du village rendu aux piétons pour la procession et les camelots repliaient leurs étals devant les touristes indifférents, pressés d’occuper les endroits ombragés. Des  femmes gravissaient les marches de l’église, les bras chargés de bouquets. À l’intérieur, le jeune curé supervisait les derniers préparatifs. Les répétitions des chorales et des musiciens l’avaient retenu longtemps. Il venait de s’isoler dans la sacristie pour relire le protocole des deux journées. Elles accueillaient des participants venus de tout le sud de la Sardaigne. 

Riccardo jeta un coup d’œil à sa montre, saisit son appareil et cadra la façade imposante des Borgierri face à l’église. La porte-fenêtre du premier étage s’ouvrit alors que le carillon du campanile libérait les premières mesures de l’Ave Maria annonçant la sonnerie de quinze heures. Un colosse surgit sur le balcon en tripotant son téléphone d’une grosse main maladroite. Riccardo prit quelques clichés et regarda plus bas. Erina traversait le parvis. Sa frêle silhouette se faufila entre les enfants, contourna le campanile et s’engagea dans la venelle longeant l’arrière du presbytère où se trouvait la porte dérobée. Il n’avait pas eu à forcer la serrure. Le double était toujours là, au fond de sa niche minuscule creusée dans la pierre et masquée depuis longtemps par l’énorme tronc d’un jasmin de Virginie. Le carillon égrenait ses trois coups lorsque la jeune femme entra dans la pièce.

Riccardo lui montra l’écran de son appareil. Elle hocha la tête.

– C’est lui.

– Il faudra qu’il sorte.

– Il sortira. 

Dans deux jours tout serait terminé, ils seraient loin. 

***

Lorenzo Borgierri était furieux. Son portable avait vibré. Un numéro qu’il ne connaissait pas s’était affiché sur l’écran, suivi d’un SMS énigmatique : « Je t’attends en bas ».

Il avait laissé ses invités pour se rendre sur le balcon. Derrière lui, les rires gras couvraient les bruits de la rue. Les questions sérieuses des antipasti s’étaient noyées depuis longtemps sous les rasades de grenache et de vermentino. L’instant était propice aux supputations salaces. Dehors, le quinquagénaire ébloui ne reconnaissait personne. Il écarta un fauteuil pour s’approcher de la balustrade. Le vide le fit se reculer, il regagna l’intérieur en rappelant le numéro qui s’était affiché.

Quelques flagorneurs applaudirent son retour. Il tendit une main au-dessus de la table pour ramener le silence. Après quelques sonneries sans réponse, il glissa son téléphone dans sa poche et invita ses convives à passer au salon. Uberto en profita pour l’aborder :

– Dis-nous, le vieux Molenti s’est-il fait raisonnable ?

Ils ne s’étaient pas revus depuis la Toussaint. Uberto avait pris fait et cause pour Lorenzo  à propos d’une affaire qui avait suscité des rumeurs dans les journaux.

– C’est maintenant que tu t’en inquiètes Uberto ? Tu n’as pas la conscience tranquille ? L’affaire est classée ! Et dans un éclat de rire, il projeta son poing sur l’épaule de son interlocuteur. 

Lorsqu’ils se furent installés, Lorenzo reprit :

– Mes amis ! Molenti a capitulé ! Son fils n’est plus là pour l’aider, c’est devenu trop dur pour lui. Il m’a vendu ce qui lui restait. Et comme il tient toujours à ses bêtes et ne sait où aller, je lui laisse la maison, le jardin autour, un bout de champ et l’écurie pour le temps qui  lui reste. 

Quelques-uns se levèrent pour applaudir encore. Lorenzo accompagna l’ovation d’un sourire bienveillant, signe de jubilation.

À ce moment, il sentit à nouveau son téléphone vibrer. Les plus proches virent son visage se contracter mais il poursuivit avec la même assurance :

– J’ai donné les marécages et leurs flamands roses à la Province. Elle étendra la zone protégée. Tant mieux !

Les louanges redoublèrent.

– En échange, les friches en limite ont été classées constructibles. Je vois les architectes la semaine prochaine, je leur présenterai mon projet : hôtel de luxe face à la mer avec piscines et terrain de golf !

Il ne profita pas de l’ovation qui suivit. Malgré sa pâleur, il dit avoir chaud et sortit s’aérer sur le balcon.

Qui avait osé donner son numéro ? Qui le dérangeait alors qu’il recevait chez lui le cercle de ses amis les plus proches ? Dès lundi, il convoquerait sa secrétaire. Mais il avait beau se défouler à l’idée de lui faire passer un mauvais quart d’heure, il ne décolérait pas. C’était un homme puissant, amateur de jolies femmes, parfois admiré, souvent craint comme on avait craint les Borgierri avant lui.

Ils s’étaient octroyé à bon compte les domaines de princes déchus, de familles ruinées, les terres abandonnées d’affamés poussés à l’exil, des terres ingrates au sud de l’île, le long des marécages infestés par le paludisme ou, plus à l’ouest, des coteaux perdus dans des montagnes hostiles, des champs grillés par le gel et le soleil, qui roulaient leurs cailloux jusqu’à la mer dans des flots de boues rouges charriant le tétanos et emportant les récoltes à chaque orage.

 Puis il y avait eu les mines, creusées au cœur de ces mêmes montagnes. Ils avaient rappelé pour les y faire travailler ceux qui les avaient quittées sans savoir quelques années plus tôt. Des mines de fer et d’argent, revendues au prix fort pour investir ailleurs avant l’épuisement des filons.

Et jusqu’à ce jour, personne n’avait osé se mettre sur la route des Borgierri, tyrans de père en fils.

Personne sauf Matteo. Matteo Molenti, lointain descendant d’une illustre famille, ancien mineur fils de mineur et devenu pêcheur de sardines. Celui  qu’on voyait sous la lune, debout dans sa barcasse jeter ses filets au-delà des îles de Serpentara et Cavoli. Matteo Molenti, bouvier le jour, qui nourrissait ses bêtes et quelques chevaux sur ses friches derrière les dunes, les dernières venues de ses aïeux, des friches jouxtant les terres des Borgierri et que les Borgierri devaient traverser pour accéder aux plages de sable blanc. Le vieux Matteo, dont les bœufs magnifiques allaient, comme tous les ans, conduire deux fois la Vierge et son cortège de fidèles à travers les rues du village.

Lorenzo s’apaisa. Au retour de la chapelle, selon la tradition, l’attelage s’immobiliserait sous son balcon en hommage à sa famille. Flatté, il s’épongea le front et retourna vers ses amis.

***

Printemps précédent

Riccardo avait retrouvé Erina à Florence. Elle avait passé l’après-midi à la Galerie de l’Académie et fait quelques croquis du David, sujet de son doctorat. Il l’avait reconnue alors qu’il terminait des photos pour une agence devant le Palazzo Vecchio. Elle était apparue en arrière-plan sur son écran, assise à la terrasse d’un café, pensive, presque soucieuse, ce qui la rendait plus belle encore. Il avait aimé cet instant et, sans réfléchir, avait pris quelques clichés à son insu. Un vague repentir l’avait poussé à la rejoindre. Elle semblait heureuse de le revoir et ils avaient partagé un moment autour d’un verre de prosecco.

Elle avait parlé de l’Université et lui de ses entraînements, du biathlon, des championnats qu’il préparait pour la saison suivante, des photos avec lesquelles il gagnait sa vie. Celles qu’il venait de prendre l’avaient amusée mais elle s’était soudain refermée et l’avait laissé conduire le reste de la conversation. Cette mélancolie ne lui ressemblait pas.

Elle ne rit pas non plus lorsque, le dimanche suivant, il évoqua les farces et bêtises dont elle était l’instigatrice au lycée. Il s’en était inquiété. Elle était restée évasive, presque fâchée devant son insistance maladroite. Puis elle s’était reprise et lui avait souri tristement. Semblant regretter, elle avait retenu ses larmes et posé ses mains sur les siennes, incapable de lui parler du décès de ses parents qui la tourmentait depuis des mois.

Plus tard, il avait espéré la voir s’installer chez lui. Elle ne se sentait pas prête. Un matin, devant son désarroi, elle s’était enfin épanchée. Riccardo avait voulu l’aider.

La résolution fut prise en juin. Erina s’était enfermée pour la rédaction de sa thèse. Lui s’impatientait. Malgré le temps orageux, elle avait sacrifié quelques heures à une promenade. Ils étaient retournés sur la piazza della Signoria.

Elle l’avait retenu devant la copie du David. Elle admirait l’élégance de la pose, le coude plié, la fronde sur l’épaule, la pierre cachée dans la main abandonnée le long du corps. Elle était fascinée par l’intensité du moment qui précède l’affrontement, le front plissé, le regard concentré. Surtout le regard. Un regard qui ressemblait à celui de la jeune femme et qui, à cet instant, fit frémir Riccardo.

Le soir, elle lui avait proposé un marché. Il avait accepté.

***

Samedi 7 septembre, 16 h 30

Erina  appuya sa Vespa contre le mur du cimetière, s’assura de son équilibre et poussa la grille ouvrant sur l’allée principale. Elle menait à la plus haute terrasse. Ses parents reposaient là, face à la baie d’où montaient des odeurs de cistes et de romarins. Elle se signa devant la tombe et ne put contenir son émotion. On les avait découverts onze mois plus tôt, dans ce qui restait d’un pic-up calciné. Ils avaient voulu libérer leur jument d’un enclos cerné par les flammes. L’animal était rentré seul. Ses maîtres avaient dû s’égarer et les pompiers retenus sur un autre front n’avaient rien pu faire. La jument n’aurait pas dû se trouver là-haut. Son père connaissait la colline et les risques de feu à cette époque de l’année. Malgré les conclusions de l’enquête, l’accident n’était pas crédible.

Au cœur  de l’hiver, son grand-père lui avait confirmé ce dont elle se doutait. Depuis des années Borgierri le harcelait pour lui arracher ses terres. Avant l’incendie, la tension avait atteint des sommets. Borgierri furieux était venu le voir et l’avait défié. Il lui laissait une semaine. Une semaine pour réfléchir, pour penser à ses bêtes et à ceux qu’il aimait, une semaine pour se rendre à la raison. Il avait griffonné son numéro sur un coin de journal, puis était parti en claquant la porte. Le drame était arrivé huit jours plus tard. Rongé de remords et craignant désormais pour sa petite-fille, Matteo avait rappelé.

Erina avait vu le désespoir du vieil homme et sa rage impuissante devant la brute sans scrupules. Le soir du David, Riccardo l’avait longuement écoutée. Un jour viendrait où elle serait menacée à son tour. Il fallait ruser, égarer le truand pour qu’enfin aveuglé il vacille, et reçoive l’estocade. 

Tandis qu’elle imaginait ce moment, la jeune femme laissait son regard errer en contrebas. Un tracteur montait vers le village. Elle reconnut la remorque. Elle avait le temps d’envoyer un nouveau SMS. Elle sortit de son sac le téléphone acheté avec Riccardo quelques jours plus tôt, près du port de Livourne, avant leur embarquement pour Cagliari. Un téléphone de seconde main, pourvu d’une carte prépayée, négocié à la sauvette auprès d’un revendeur ayant accepté l’anonymat de la transaction contre un paiement en liquide. 

Ses pouces s’agitèrent quelques secondes en bas de l’écran tandis qu’elle regagnait son scooter pour rejoindre son grand-père et l’aider à préparer l’attelage.

***

Samedi 7 septembre, 18h

Lorenzo s’impatientait. La messe avait trop duré. Le curé se perdait maintenant dans les détails de la procession du jour et de celle du lendemain, suivie du feu d’artifice en apothéose. Coincé au milieu de ses amis dans l’espace étroit des premières travées, il était condamné à sortir en dernier. Son téléphone avait encore vibré pendant l’office. Il avait hâte d’en savoir davantage.

Les premiers dehors virent arriver la couronne majestueuse qui reliait les fronts puissants des deux bêtes guidées par Matteo. L’amplitude de leurs pas tranquilles imposait à l’ensemble un léger balancement qui prit fin au pied du parvis.  À mesure que l’église se vidait dans des odeurs d’encens, les délégations se regroupaient sous les bannières aux ors chatoyants que maintenaient de fiers représentants. Enfin, derrière le crucifix brandi par le sacristain au-dessus des coiffes traditionnelles, on vit sortir la Vierge, impassible sur son brancard fleuri de roses blanches. Quatre gaillards allèrent à travers la foule la déposer sur le char derrière les bœufs tandis que les gens se photographiaient ou se signaient à son passage. 

Les yeux sur son écran, Lorenzo trébucha en descendant les marches et fut retenu par Uberto qui veillait à sa sécurité. Ils traversèrent la place en bousculant les joueurs de fifre, firent mine de ne pas voir le vieux Matteo et ignorèrent le départ de la procession pour la chapelle à l’extérieur du village. Jadis, un Molenti avait offert le terrain, un Borgierri les pierres et la charpente pour la construction. Un siècle et demi plus tard, Lorenzo assurait toujours l’entretien et de surcroît, payait les feux d’artifice. L’indulgence lui était due. Il pouvait s’affranchir des farandoles.

Ses amis allaient le quitter devant sa porte mais il les fit monter. Il avait réfléchi durant la messe, ces appels étranges signés d’un mystérieux numéro ne lui disaient rien de bon. Personne ne décrochait au rappel et les messages déposés restaient sans réponse. Il leur demanda d’être prudents, de se tenir prêts. Il ne parla pas des SMS et resta évasif sur le reste. Ils s’abstinrent de commentaires et  comprirent que toute question eût été malvenue. Après leur départ, il relut le texte du rendez-vous : « Devant chez toi demain, après le feu d’artifice ». Il était suivi d’émoticônes amoureux. La manœuvre était grossière, c’était presque à en rire. Cependant, il dormit peu.

***

Dimanche 8 septembre, 6h

« Chez moi, maintenant ». Les convoqués se présentèrent chez Lorenzo sans sourciller. Un doute l’avait tiré du lit. A mesure qu’ils arrivaient, ils déposaient leurs armes et téléphones. Bien qu’étonnés par cette suspicion soudaine, aucun n’en prit ombrage. Lorenzo contrôla les listes d’appels reçus ou envoyés depuis la veille et chacun reprit son matériel.

– Il se pourrait qu’on cherche à me nuire, à m’enlever peut-être, contre une rançon. Ça s’est fait dans la région.

D’un regard qui parcourut l’assemblée, il fit retomber les murmures et laissa s’installer le silence. Il sortit un cigare du coffret de cèdre posé sur le guéridon, le chauffa  à la flamme de son briquet avant de l’allumer, toussa et reprit :

– On devrait m’attendre ce soir devant chez moi. Ramenez-moi les emmerdeurs ! D’ici là, faites ce que vous voulez, profitez de la fête.

Uberto lui tint compagnie.

La piste Molenti fut vite écartée. Le vieux était trop vieux, trop seul pour entreprendre quoi que ce soit. Puis ils allèrent de supposition en supposition, toutes plus crapuleuses les unes que les autres. Enfin, ils songèrent à une femme, à un jeu de séduction comme le suggéraient les cœurs du dernier message. L’idée les amusa, ils fantasmèrent un moment. Ensuite ils eurent soif.

***

Dimanche 8 septembre, 21h30

Les chœurs approchaient. Uberto secoua Lorenzo avachi dans son fauteuil au milieu du balcon. Il ouvrit les yeux et tendit les bras vers la rambarde pour se lever. Les cavaliers s’engageaient dans la rue, suivis des musiciens et des chars sur lesquels paradaient des villageois costumés. Lorenzo reprit un verre de liqueur et répondit d’un geste paternel aux premières salutations.

La pression de la foule sur la place illuminée bloquait la suite du cortège dans les rues attenantes. Le défilé continua dans une lenteur exaspérante. Enfin, les pointes de la couronne caressèrent le rebord du balcon et l’attelage de la Vierge s’arrêta à la porte de Lorenzo. Une paysanne remplaçait Matteo près des boeufs. Lorenzo aurait voulu que ses amis voient une fois encore le vieux s’incliner à ses pieds. Était-ce un ultime défi à son autorité ? Un simple abandon dans la montée jusqu’au village ? Son regard intrigué se posa de nouveau sur celle qui avait conduit les bêtes. Sous le drapé du tablier rustique, il supputait une belle jeunesse. Il termina la bouteille de myrte et se laissa retomber dans le fauteuil.

***

Dimanche 8 septembre, 22h15

Le prêtre bénit lentement la foule puis la statue fut portée dans la nef où elle reprit pour un an sa place près de l’autel. Dehors les chars se retirèrent. Lorsqu’ils se furent suffisamment éloignés, on plongea les fidèles dans le noir. 

Une cascade étincelante couvrit la façade de l’église, bientôt relayée par le sifflement des fusées qui fleurissaient le ciel de gerbes évanescentes. Lorenzo n’y prêtait guère attention. Calé entre deux coussins, il semblait méditer les yeux fermés. Son esprit vagabondait d’une hypothèse à une autre et passait en revue ses conquêtes. 

Des explosions plus fortes illuminèrent le parvis dans le déchaînement du bouquet final et sortirent Lorenzo de sa léthargie. Il aperçut la paysanne au centre près des marches, le vieux Matteo l’avait rejointe, elle manipulait un téléphone. Il tourna la tête vers le sien posé sur l’accoudoir et le vit s’allumer. Il  se redressa.

Lorenzo apparut dans la lunette. Il s’agrippait d’une main au dossier de son siège et de l’autre désignait le parvis. Une fusée mal orientée glissa sur un toit et vint exploser sous la lucarne du presbytère à l’instant où Riccardo appuyait sur la détente. Le bras brisé par l’impact, Lorenzo s’affaissa vers le fauteuil dans le crépitement assourdissant de milliers d’étoiles.

Il parvint à se relever tandis qu’Uberto pointait un fusil vers la foule. Une seconde balle atteignit Lorenzo dans la poitrine, il s’effondra sur la rambarde et bascula dans le vide alors que retentissaient les dernières déflagrations du feu d’artifice.

***

Lundi 9 septembre, 20h30

Le vent avait fraîchi. Les passagers s’étaient réfugiés dans les salons. Seul sur le pont, Riccardo regardait la mer. Il s’imaginait à Florence, devant le Palazzo Vecchio tenant la main d’Erina dans la sienne. Il y retournerait un jour. Ils s’y donneraient rendez-vous. Elle l’avait promis.

Il ouvrit son sac et saisit le téléphone ramassé pendant l’affolement qui avait suivi la fusillade. Agenouillée près de Matteo mortellement atteint, Erina l’avait supplié de fuir pendant qu’il était encore temps. 

Le ferry longeait les côtes de Capri. Dans une heure on verrait les lumières de Livourne. Riccardo laissa les premières gouttes de pluie glisser sur l’écran avant de le lâcher par-dessus bord. Puis, tournant le dos aux coursives, il coinça son sac contre lui et fit tomber une à une les pièces de son fusil dans l’eau sombre.

Le lendemain commencerait l’attente. Elle serait longue.

© Denys de Jovilliers

Créez votre site Web avec WordPress.com
Commencer
%d blogueurs aiment cette page :