Leçon de philosophie

Bruxelles. Tram 55. Heure de pointe. 

Leçon de philosophie

Sonnerie. Les portes coulissent. Les bras se collent le long des corps, les cous se tordent, les ventres se compriment. Les cartables éraflent les jambes. On cherche un peu d’air au-dessus de la mêlée. L’apnée va commencer.

Non, un pied surgi du quai bloque la fermeture … Des mains se faufilent dans l’espace entre-ouvert. Visage grimaçant derrière la vitre. Une épaule se tord et force le passage. Etouffements pneumatiques, hésitations des mécanismes. Ultime corps à corps avec la machine. La tête échappe aux mâchoires et le reste se glisse dans la rame.

Le rescapé prend ses aises entre des passagers coincés feignant l’indifférence. Il s’agite dans l’étouffement général. Gémissements, coups d’œil contrariés. Les portes se referment. 

Nouvelle sonnerie. Le tram démarre.  L’inconnu cherche les regards et lance des borborygmes pour échauffer sa voix. La leçon peut commencer :

  • Puuutain d’tram !

C’est un révolté.

  • D’aaabord leuuu pied !

On appréhende.

  • Et piii laaa tê’t !

Alouette ? Serait-ce un poète ?

Mais son visage s’assombrit.

  • Un peuuu plusss, c’t ehhhh laaa queue !!!

Horrible.

  • Puuutain l’bol !

Un sourire l’illumine. Il se tait.

Le tram s’arrête. Il descend.

Comme quoi, le bonheur …

© Denys de Jovilliers

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