Référendum

Référendum dans la petite république du Madelon : Les habitants diront-il oui à Rognon, chef de la ligue du grand ménage et vassal de Petsuchos le Terrible ?

Rognon fit irruption dans la salle en vociférant comme un coq. La question posée aux électeurs : «T’en veux des crocodiles ou t’en veux pas des crocodiles ? » était mal posée. Elle contenait deux questions. Les « oui » et les « non » des votants pouvaient traduire des avis identiques selon qu’ils répondaient à la première question ou à la seconde. On ne pouvait donc pas opposer les réponses sorties des urnes. Il exigea que le « oui » l’emportât car par essence le « oui » était positif et engageait sur la voie du progrès, celle des crocodiles. Choisir le « non » conduirait à l’immobilisme et à la décadence.

Dans un ultime sursaut d’autorité, le Président s’y opposa en souriant pour réconcilier tout le monde. Comme cela ne suffisait pas, il se moucha et fit apporter la boussole du Gouvernement, celle qui permettait de tenir un cap. Il eut un dernier éclair de génie. Il posa l’objet sur le sol et en brisa le cadran d’un grand coup de talon qui paralysa définitivement l’aiguille aimantée. Il démontra ensuite aux électeurs abasourdis qu’il aurait fallu commencer par là depuis longtemps.

C’était une question de logique et de philosophie : Depuis qu’on se fiait à l’aiguille de la boussole qui normalement pointait vers le nord, on était toujours arrivé quelque part en venant d’où on était parti sans trop savoir où on allait ni pourquoi. Si la solution s’était trouvée par là, on l’aurait trouvée depuis longtemps. Or, on cherchait toujours. Donc, il fallait chercher ailleurs. Mais où ? 

(…)Une déflagration sacrilège propulsa la mitre à travers la salle … jusqu’au lustre de cristal dont elle vint coiffer les lampes allogènes. Des suffrages dérisoires s’éparpillèrent sur l’assistance dans la lumière pourprée du couvre chef épiscopal, puis se mêlèrent aux éclats de bois qui jonchaient déjà le sol. La porte d’entrée venait d’être pulvérisée par une queue énorme qui s’agitait encore, prête à en découdre avec les cloisons. À l’autre bout de la bête, une gueule affamée repéra Rognon. Au milieu des cris, le Chef suprême de la Ligue détourna son attention en pointant un index dénonciateur vers le Président. L’animal se rua vers lui, s’en saisit et le jeta en l’air. Malgré les gesticulations de la victime, les pieds retombèrent entre les mâchoires ouvertes.

Rythmé par les hoquets du bourreau et les hurlements des spectateurs, degré par degré, le reste du pantin glissa vers l’estomac qui allait le digérer. On n’en vit bientôt plus que la tête. Signe facétieux d’une douleur insupportable ou volonté de laisser une image apaisée pour la postérité, elle souriait. Le gosier tendu vers le plafond, le crocodile déglutit la cerise sans même la mâcher. 

(Avec un peu de chance, tout ira bien, chap. 6, Denys de Jovilliers, autoédition Librinova)

Photo libre de droits : Maxi Diaz, Pixabay. Recadage DdJ

De Petsuchos au Minotaure…

Emprunts à la mythologie grecque dans le roman Avec un peu de chance, tout ira bien

J’ai eu la chance de me rendre plusieurs fois en Grèce et sur certaines de ses îles. Les lectures qui ont précédé ou accompagné ces voyages, les paysages, les monuments, le temps passé sur les sites archéologiques et dans les musées, les rencontres avec les habitants et les souvenirs que j’en ai gardés sont  source d’inspiration.  Je m’y réfère de manière implicite dans beaucoup de mes écrits.

« Un rugissement retentit, venu du fond du Kos Mahal. Les murailles vibrèrent, une éclipse soudaine ramena la nuit. Il eut mieux valu être ailleurs ! Les gens s’étreignirent et se cachèrent le visage. Bientôt la terre trembla aussi. C’était la colère du monstre, ils en étaient certains, Petsuchos poursuivait les condamnés et les fracassait au sol avant de les avaler, ensuite il sortirait de son repaire pour étriller ses sujets ! » (Avec un peu de chance, tout ira bien. Mardi 21 juin, 10 heures).

Les péripéties du roman, les situations absurdes, les rebondissements farfelus ou tragiques, malmènent les personnages de la petite république du Madelon soumise à la tyrannie du cruel Petsuchos. Plusieurs scènes du roman sont  écrites avec un arrière plan évocateur des mythes de l’Antiquité grecque. 

Ainsi, l’épisode où Dugommier pénètre héroïquement dans le palais forteresse du monstre pour délivrer les quatorze jeunes gens qu’il s’apprête à dévorer  suggère-t-il pour quelques pages  une transposition de l’intrigue en Crète, chez le roi Minos qui fit construire le fameux labyrinthe afin d’y enfermer le Minotaure sanguinaire.

C’est à Knossos que la mythologie situe le palais de Minos. La Crète compte trois autres sites majeurs sur lesquels on retrouve un palais minoen : Phaestos (Faistos), Malia et Kato Zakros. Selon la légende, Minos fit appel à Dédale qui conçut le labyrinthe de Knossos. Mais le « dédale » apparent des vestiges mis à jour sur chacun des quatre sites évoque cette prison imaginaire.

Pour les nécessités du roman, les rôles ont été redistribués en prenant des libertés par rapport aux héros d’origine et à leurs destinées. Il ne s’agit pas de raconter une nième fois le combat de Thésée contre le Minotaure, mais d’un jeu d’écriture qui établit des passerelles avec le mythe autour de thèmes communs liés à la condition humaine.

Dans ce passage, Dugommier, pharmacien de la République du Madelon, se substitue pour quelques pages à Thésée, fils d’Égée roi d’Athènes, sa femme Valentine jouant le rôle d’Ariane, fille de Minos amoureuse de Thésée.

Rognos, chef de la ligue du grand ménage est implicitement Minos, roi de Crète et Petsuchos, crocodile descendant du dieu Sobek emprunté à la mythologie égyptienne, incarne le légendaire Minotaure.

Pour le décor, le palais forteresse du Kos Mahal révèle sa vraie nature et prend des allures de labyrinthe, écartant définitivement toute confusion avec le Taj Mahal. Quant aux « accessoires », le fil du chandail détricoté et roulé en pelote par Valentine servira de fil d’Ariane, et l’épée de la statue de Saint Georges qu’elle a ramassée dans la cathédrale pour la donner avec la pelote à son mari vaudra bien celle que de Thésée tient de son père.

Ces emprunts revisités participent à l’invraisemblance d’événements qui précipitent les personnages du roman dans des situations à la fois grotesques et tragiques connectées  aux drames de notre époque et au cynisme de certains dirigeants. Derrière les rires, le côté loufoque et décalé du récit entretient l’ironie, évoque des réalités préoccupantes, interroge face aux crises et bouleversements qui jalonnent  l’histoire de l’humanité.

Si vous passez par-là… ou pas… La visite de Kato Zakros, situé dans le géoparc (label Unesco) de l’extrême est de la Crète, offre l’occasion de découvrir une côte montagneuse et des hameaux à l’écart des lieux très fréquentés de l’île. En partant du village de Zakros,  il est possible en deux heures environ de descendre à pied la « gorge des morts » appelée ainsi en raison des tombes minoennes retrouvées dans les parois du canyon.

La gorge débouche sur le site archéologique de Kato Zakros, tout près d’une plage aux eaux turquoise. On peut prendre un taxi pour remonter jusqu’à Zakros. Les habitants y sont accueillants, on y trouve quelques restaurants et des chambres à louer.

Si vous choisissez d’y résider quelques jours, ne manquez pas le snack restaurant Xyloporta tenu par Nikos Daskalakis. La cuisine est bonne et Nikos parle bien le français. Il vous racontera combien les habitants sont attachés à leur village et leurs efforts pour continuer de le faire vivre grâce à leur production d’huile d’olive et à la mise en œuvre d’un développement durable avec un écotourisme responsable. Une association solidaire, les amis de Zakros, s’est créée en France. Elle fait connaître le village, distribue bénévolement l’huile d’olive de Zakros et reverse les excédents financiers au village pour permettre la réalisation de projets.

Avis de lecteur

Un nouveau lecteur m’a fait part dernièrement de ses réactions suite à la lecture de mon roman Avec un peu de chance, tout ira bien. Merci Patrice pour ce retour !

***

L’auteur a choisi un nom de plume qui le situerait contemporain de François  Villon. Et il n’est pas surprenant de plonger avec son dernier roman dans une ère médiévale truffée d’anachronisme. Il balaie de bout en bout toutes les époques, tous les drames. Il relate la perfidie qui n’a jamais cessé d’habiter les hommes et les horreurs qui en ont découlé. J’ai été surpris.

Je suis peu habitué à lire ce genre de romans aux allures de BDs caricaturistes. Le début me laissait un peu perplexe, attendant les orages et les éclairs qui allaient s’abattre sur cette paisible république. J’ai été véritablement bouleversé lors du coup d’état des crocodiles. L’effet de surprise est réussi. Et le passage cruel et brutal de cette ambiance naïve et bon enfant à celle du chaos et de la terreur est remarquable. On en reste sonné. L’humour (ironie) que l’auteur glisse au fil du texte est plein de salissures, de noirceurs. Les pires infamies, sournoiseries abondent et habitent tant de personnages jusqu’à l’écoeurement…

Et puis il y a aussi… nos héros résistants ! Là encore, on est dans un univers de BDs où les personnages font preuve d’un courage, d’un héroïsme, d’une intelligence affutée et d’un savoir spontané de l’art du combat et de la guerre. On est dans le « Club des cinq », dans « Scoubidou », dans « Le bonheur des ogres ».

J’ai beaucoup apprécié la richesse lexicale, impressionnante dans les différents tableaux urbains ou campagnards et dans les scènes de guerre. D’une grande imagination ou d’un travail de recherche acharné, peu importe, le résultat est là. De l’horreur, on bascule dans une comédie hilarante lors des assauts finaux. Les combats entre le pouvoir et les rebelles sont gaguesques. L’idée de cuisiner des boulettes qui donnent de l’aérophagie aux crocodiles, ça n’a pas de prix ! Et quand on les perce, ils s’envolent comme des ballons de baudruche. C’est très drôle. Les combattants du pouvoir, dignes héritiers des soldats romains dans Astérix, sont maladroits, poltrons parfois. Je m’attendais à lire une scène sur l’affront final avec Petsuchos. L’auteur nous a laissés à l’extérieur de ce Kos Mahal interdit au public avec les autres habitants noyés dans l’angoisse, le chagrin et le désespoir. Mais en tant que lecteur, on ne pouvait connaître qu’une seule issue à cette histoire rocambolesque. Ne vous inquiétez pas ! Dugommier va vaincre Petsuchos ! Ne pleurez pas ! Il va gagner. Et en effet, il revient vainqueur avec le trophée.

Denys de Jovilliers a voulu une fin heureuse, héroïque après les milliers de morts et l’horreur. Jusqu’à ressusciter le président depuis les entrailles du crocodile. Quel effet aurait eu son roman si Dugommier et son fils étaient morts eux aussi lors de ce dernier combat ? Quand on baisse la garde, on en paye vraiment le prix. Certes, la mort de Dugommier aurait laissé une trace en mémoire des milliers qui sont morts avant lui. Mais cela aurait été choquant et certainement pas dans l’esprit d’un « conte » digne de ce nom où la fin est heureuse.

Merci beaucoup Denis ou Denys. J’ai lu un très bon roman.

Patrice Tcherkézian (17 juin 2022)

Salon Plume d’été 2022

Le salon Plume d’été se tiendra dimanche le 26 juin prochain, de 10h00 à 12h00 et de 14h00 à 18h00 à la Salle Capitulaire de Saint-Mihiel (Mairie). Vingt-trois auteurs, un photographe, un sculpteur et notre trésorière qui tiendra le stand PLUME seront heureux de vous y rencontrer. Il y aura également un stand tenu par l’APPEL, association de solidarité Internationale qui encourage des initiatives locales pour les enfants en situation de vulnérabilité.

Avis de lecteur et dédicaces

Il arrive que des lecteurs donnent leur avis. J’ai eu le plaisir de trouver celui de Pierre Lombard, président de l’Association PLUME de Meuse, paru dans le numéro de la revue « Porte-Plume » de mars dernier. Bien sûr, c’est le genre d’article qui, parce qu’il est élogieux, stimule ma motivation à l’approche de la prochaine séance de dédicaces de mon roman qui aura lieu samedi prochain, 9 avril, de 9h à 12h à la Maison de la Presse de Saint-Mihiel.

« J’aime être surpris par mes lectures.

Le roman « Avec un peu de chance, tout ira bien », de Denys de Jovilliers, m’a gâté, je dois le reconnaître.

D’entrée, mon fonctionnement cartésien d’occidental a voulu essayer de catégoriser, afin de retrouver des repères connus, peut-être aussi pour me rassurer.

J’ai vite pensé à Pantagruel et Gargantua, de François Rabelais, mêlant pensée humaniste et culture populaire, voire paillarde, marquée par le goût du vin de la bonne chère.

Puis Micromégas, de Voltaire, m’est apparu comme une évidence avant de s’estomper au profit de Raimond Sebond, de Michel de Montaigne et de terminer avec Ubu Roi d’Alfred Jarry…

Et puis, je me suis résolu à lâcher prise et à me laisser porter par cette folle histoire, pas si folle que ça d’ailleurs.

Ce qui m’a valu une nouvelle fois de me faire surprendre par la verve si particulière de l’auteur, qui manie avec une grande dextérité l’humour subtil, la formule intelligente et la métaphore gaillarde.

« Il fallait faire vite. On pouvait les surprendre. Ils se cachèrent sous une pile de vieilles couvertures. Leurs langues se délièrent. Ils se livrèrent à une franche explication dans ce nid improvisé. Elle avait tout découvert. Le cœur battant, elle lui mit ses preuves sous les yeux. Malgré la pénombre, il en saisit promptement l’intérêt. Il effeuillait les pages du dossier à tâtons, le suspens devenait intenable et la tension fut bientôt à son comble. L’heure était venue de s’unir et d’engager la lutte. Comme ils étaient d’accord, ils se hâtèrent de conclure et redescendirent en s’échangeant furtivement des promesses »

Mais dans le tourbillon de ces drôles d’aventures, on se prend à entrevoir une réalité beaucoup moins onirique.

« Les kollabos y faisaient affluer de nouvelles recrues arrêtées la veille au faciès, au pedigree, ou aux idées. Les trois faisaient l’affaire. »

En refermant cet ouvrage, je me suis senti moins bête. J’ai vraiment aimé le style de Denys de Jovilliers et nous savons bien que « le style, c’est l’homme ». Comme j’ai la chance de connaître un peu l’homme, j’ai pu retrouver bienveillance, humanisme, humour et contraste entre retenue et débridage…

Je sais déjà que je relirai « Avec un peu de chance, tout ira bien », comme beaucoup de livres qui m’ont apporté plaisir et réflexion.»

Pierre LOMBARD (Revue Porte-Plume de Mars 2022)

Sixième salon du livre à Verdun

Rendez-vous au Centre Mondial de la Paix dimanche 20 mars pour le sixième salon du livre à Verdun.

J’y serai parmi la trentaine d’auteurs et illustrateurs qui vous présenteront leurs ouvrages. Pour ceux qui viendront de loin, c’est aussi l’occasion de voir ou revoir le centre historique de la ville avec la cathédrale et la citadelle toutes proches.

En 2017 et 2019, j’y ai reçu le prix des libraires puis le prix de la ville de Verdun pour deux nouvelles (Violetta et La dédicace), ce qui m’a encouragé à publier mon premier roman Avec un peu de chance, tout ira bien, très connecté à l’actualité avec la montée des totalitarismes.

L’écriture de mon deuxième roman est en cours. Je vous en parlerai prochainement.

À bientôt !

Nouveau bandeau de couverture

« À lire pour le plaisir… et avant chaque élection » (Le coin du libraire, revue Connaissance de la Meuse, mars 2021). À offrir aussi… Livre broché en stock dans les librairies de VERDUN et COMMERCY , aux Maisons de la Presse de Saint-Mihiel et Ligny-en-Barrois. Sinon sur commande, de préférence chez votre libraire ou sur le site de l’association PLUME et pour ceux qui n’ont pas la chance d’avoir une librairie près de chez eux, sur les plateformes de vente.e-book à télécharger sur les plateformes habituelles.

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