All inclusive. Épisode 4/6

Résumé des épisodes précédents

« Elle et lui » découvrent à Ibiza un univers qui leur est totalement étranger. Ils tentent de surmonter leur désarroi et entament leur quatrième journée au lendemain d’une excursion qui les a épuisés.

4ème jour :

Le chemin qui les ramenait de la salle des petits déjeuners longeait le centro de relajación y fitness. Après les expériences de la veille et les angoisses de la nuit, ils en avaient besoin. Il ralentit le pas. Les prestations l’intriguaient. Il se pencha sur les photos des jacuzzis, du hammam et du sauna, puis s’arrêta devant celles des massages aux pierres chaudes. Elle lui prêta de mauvaises pensées. Elle lut les préconisations sous les illustrations qui la troublaient.  Brusquement, elle tendit un doigt dénonciateur vers les dernières lignes en petites lettres. C’était mauvais pour les varices ! Cette découverte lui donnait un argument irréfutable. Animée d’une rare assurance, elle lui manifesta son refus d’un claquement de langue.

Il fallait s’inscrire avant midi. Entre musculation, aquagym et bains d’argile, ils ne purent se décider. Ils poursuivirent vers les salons du club de artistas de vacaciones. Ils y boudèrent l’activité du jour – un concours de peinture corporelle avec défilé dansant dans les allées du village -, et s’installèrent finalement derrière le grillage du court central de tennis. Lorsque leurs cervicales les rappelèrent à un exercice plus raisonnable, ils se replièrent sur la pratique du transat avec cocktails, siestes et magazines près des bassins de la piscine. Ils écourtèrent le déjeuner pour faire un petit tour en voiture dans le nord est de l’île avant de profiter du dîner en plein air, sur une grande terrasse au fond du parc.

Ce soir-là, ils comprirent pourquoi le bracelet fixé à leur poignet le jour de leur arrivée était vert. All inclusive. Il suffisait de le montrer pour en profiter. All inclusive, tapas et paëlla à volonté, all inclusive, des desserts en veux-tu en voilà. Open bar, tournée générale, alcool à gogo, open bar, à la tienne Ruben, … All inclusive, open bar, quatre mots mal traduits à la réservation, deux clics au hasard, la moitié de leurs économies envolée.

Il y eut d’abord l’ouverture des barrières et la ruée des goinfres dont les assiettes tendues submergèrent les cuisiniers affairés sur leurs vastes poêlées. À mesure qu’ils se repliaient avec leurs provisions vers les tables défendues par leurs compagnes, d’autres convives se risquaient dans l’arène en occupant les espaces libérés. Du côté opposé, les jarras et les porrós glougloutaient sous les tonneaux de bière ou de vin dans une valse effrénée qui ne faiblit qu’à la nuit pour reprendre à renfort de canettes et de cocktails glacés. Alors, la musique se fit plus forte, les corps furent saisis de convulsions, et la transe dura jusqu’au petit matin.

La précipitation du début les avait effrayés. Mais leur désir de profiter de ce qu’ils avaient payé était plus fort et les incita à rester. Ils finirent leur première assiette et remontèrent à l’assaut pour en revendiquer une seconde qu’ils abandonnèrent sur un coin de table alors qu’il empoignait le goulot d’un porró de rouge oublié là. Elle le vit lever la tête, bailler aux étoiles et tendre le bras pour s’essayer au jet dans la gorge. Il cligna des yeux, s’aspergea jusqu’à la ceinture, rectifia le tir comme il put et faillit s’étouffer dans un crachat mal retenu lorsque, horrifiée, elle se mit à crier.

Plutôt que d’abandonner la place, ils recoururent à une tactique éprouvée : se surveiller l’un l’autre et ne pas se séparer. Il la protégea des bousculades et, grâce à elle, évita le coma éthylique. Ils se tenaient par la main, comme deux ahuris craignant se perdre dans les tourbillons de la foule. Autour d’eux, les excentricités confinaient à la débauche. Certains tournoyaient bras tendus, glissaient sur des restes de riz et s’écroulaient en riant. D’autres montaient sur les tables et s’exhibaient dans des chorégraphies provocantes, sifflés par les spectateurs agglutinés tout autour.

On leur proposa des sachets et de drôles de cigarettes qu’ils écartèrent de la main. Les trouvant timorés, des adeptes leur tendirent un mélange à la mode et des pilules qu’ils refusèrent. Ils trouvèrent un endroit moins agité, puis ils se lassèrent. Des brancardiers arrivaient en courant, accompagnés de deux gardes civils. Ils en avaient assez vu, assez entendu, ils pouvaient se mettre au lit.

À suivre … prochain épisode samedi 10 octobre 2020 …

Relire les épisodes précédents

©Denys de Jovilliers

Photo libre de droit : Pixabay.com

Publié par Denys de Jovilliers

J’aime les histoires qui se laissent raconter. Celles qui s’invitent dans l’inattendu d’une rencontre, d’une scène de vie, d’un voyage, parfois d’un souvenir plus lointain. Celles où l’imaginaire prend le pas sur la réalité, mais s’en nourrit. Quand vient le temps de l'écriture, je me régale. Vous voulez goûter ?

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